Petite rêverie de l’Ariège

(een mijmering over de Ariège),
geschreven op verzoek van een lokaal Frans tijdschrift.



Ce sont des livres comme La poétique de l’espace et La rêverie de l’eau du philosophe-écrivain Gaston Bachelard, qui m’ont inspiré d’écrire cette petite rêverie. Mais la source d’inspiration la plus importante, la plus belle, la plus claire pour cela est la nature elle-même.
 
Jadis l’Ariège était partie de l’Occitanie, pays indépendant, qui couvrait la majeure partie de la France du Sud et certaines parties de Catalogne et de Valence (communautés autonomes d’Espagne), avant que les rois cupides de la France du Nord et les princes orgueilleux de l’église catholique prennent possession de ce beau pays.
Occitanie, berceau d’une culture très riche, une population très mélangée, creuset des religions chrétienne, musulmane et juive, une culture avec sa propre langue (la langue d’oc*) et ses propres coutumes.
Occitanie, pays avec un climat agréable et des grandes richesses naturelles.
Occitanie, là où fleuraient en Moyen Age la spiritualité et la sagesse des druides, des troubadours, des ordres ésotériques.
Occitanie, là où se développait la profonde spiritualité des cathares, lourdement persécuté par l’église catholique, tel les bogomiles en Bulgarie et Bosnie-Herzégovine et les gnostiques en Italie.
Occitanie, là où les légendes des templiers, du saint graal et des chevaliers teintent le décor de Moyen Age. 


 
Occitanie, civilisation qui se basait sur le pretz (vertus chevaleresques), le paratge (équivalence) et la convivencia (vivre ensemble dans une attitude de respect et de tolérance réciproques). Des valeurs essentielles, qui se transmettaient sans Révolution, sans décapitations par guillotine. Des valeurs déjà connues avant la publication de La Tolérance de  Voltaire, avant l’adage ‘Liberté, Égalité et Fraternité’ de la République française, des valeurs importantes, sérieusement menacées en ce moment. Chérissons ces valeurs. Même si le monde est en danger, malgré la menace de terreur, malgré les attentats partout, ce sont la paix et l’amour qui seront les plus forts. La plupart des gens ne sont pas conscients de leur force intérieure. Nos actes et nos pensées pourraient influencer l’avenir de l’humanité. Telles des éclaircies qui succèderaient aux nuages noirs, elles peuvent vaincre l’inhumanité. C’est la lumière qui aura le dernier mot.
 
Ariège, tes montagnes et tes vallées, tes grottes et tes châteaux cachent encore beaucoup de secrets, tes rivières parlent encore d’histoires, de légendes, de traditions et de poèmes du passé.
Ariège, tes grands arbres sont des piliers dans un univers plein de secrets, un univers des esprits de la nature sauvage. Tes rivières, ruisseaux, torrents et cascades ont une langue pleine de poésie, qui nous raconte la beauté et la force de la nature. Quand j’entends le brame des cerfs, le bourdonnement des abeilles et le caquètement des poules dans la chaleur d’un après-midi ensoleillé, quand je vois les sauts d’une biche, un renard qui croise mon chemin, une couleuvre qui glisse entre des petites pierres et de la terre gris verdâtre, une buse qui tournoie dans le ciel, libre… Quand je vois la danse des saisons, je sens le bonheur m’envahir. 
Ariège, tu touches profondément mon cœur.
 
Ariège, tes montagnes majestueuses qui montent jusqu’au ciel, tes mers de nuages féeriques dans le matin voilé, tes sommets enneigés en hiver. Et toujours les décors changent dans un paysage mystérieux, où chacun joue son rôle quotidien. 
Toutes les saisons ont leurs propres vêtements, leur propre couleur, leur propre son. Au printemps le bêlement des brebis et des agneaux, l’aboiement du Patou des Pyrénées, le bruit des tracteurs, le labeur des paysans qui cultivent précieusement la terre fertile et colorée.


 
Ariège, tes mille fleurs partout, tapis de perles vivantes colorées. Tes orchidées, tes lis, tes onagres, ton safran des prés, ta mauve, tes violettes de montagne, tes nombreuses variétés de champignon, tes prés multicolores qui éclatent partout au printemps quand le rideau de la nouvelle saison s’ouvre au son du chant de joie mélodieux du loriot.
Ariège, tes champs riches des blés en été, dans lequel le roi de la chaleur règne de plus en plus. Oui, le climat change. Partout. Aussi en Ariège. Il faut de plus en plus conserver chèrement le soleil à l’intérieur, dans le cœur, où l’amour du grand esprit qui souffle est toujours là.
 
Ariège, bien sûr, il y a aussi l’odeur de la menthe, de la citronnelle, de la verveine, du thym et de l’herbe fraiche coupée. Le rouge-gorge et le rouge-queue, qui nous apportent la couleur de l’amour. La voix haute pleine de joie des mésanges. La bergerette noire et blanche, qui n’exprime pas un jugement de noir ou de blanc. La huppe, toujours bien coiffée. L’épeiche, qui tape aux arbres à la recherche des insectes, petit menuisier toujours au travail. Le chardonneret, oiseau vif et coloré. Au loin, le cri de l’aigle… Pour moi, cet oiseau symbolise notre pouvoir spirituel. Nous aussi, nous réussirons un jour à attraper la petite ‘souris’, celle de notre ego, qui se comporte souvent comme un caméléon, inconsciente de l’illusion de son existence.
A l’inverse, le hibou, qui chasse petites souris et oiselets sous le diadème de la lune, nos yeux ne peuvent percer l’obscurité. Souvent, le fil d’Ariane nous manque pour quitter le labyrinthe du monde. Les hirondelles, elles, trouvent et retrouvent exactement leur place, mais nous… Souvent la connexion entre ciel et terre nous fait défaut. Regardez l’alouette, qui pendant son vol, montant et descendant, unit le ciel et la terre. Nous pouvons vivre comme lui. Ecoutez le rossignol, qui touche toujours notre cœur profondément avec ses mélodies célestes. Peut-être avons-nous oublié notre rossignol intérieur… Dans le soufisme et chez les troubadours de langue d’oc le rossignol, comme le papillon, symbolisait déjà notre âme. Pourtant, le chemin vers le ciel commence avec un sourire. C’est simple comme bonjour. Comme le texte bien connu dit: ‘Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup. Il enrichit ceux qui le reçoivent, sans appauvrir ceux qui le donnent.’ La gentillesse est vraiment un trésor. Un mot gentil est plus fort qu’une épée. La langue peut être un remède, douce comme du miel. Elle peut aussi blesser quelqu’un comme un poignard. L’enfer commence là, où les graines de la haine poussent dans le champ de notre esprit. Qui sème des orties, ne récolte pas de roses blanches.
Ce n’est pas par hasard que Gaston Phébus, Grand Prince d’Occident, comte de Foix, poète érotique et troubadour, écrivit Se Canta, chanson très connue en Ariège.  


 
Central dans cette chanson sont le rossignol, symbole de notre âme, de la bien-aimée, de la dame (‘la domna’ en Occitan); la fenêtre, symbole de la liaison entre l’intérieur et l’extérieur; la montagne, symbole de la liaison entre le ciel et la terre; la nuit, qui symbolise l’obscurité de l’âme. Le rossignol chante surtout la ‘nuit’, il réveille la lumière en nous. Quand l’âme est obscure, c’est qu’elle oublie son rossignol intérieur. Mais finalement dans l’obscurité de la nuit perce toujours le chant du rossignol, qui nous montre le chemin.  
 
Les troubadours de langue d’oc connaissaient entre autre la langue des oiseaux, la langue du ciel, une langue ésotérique, pas immédiatement compréhensible pour quelqu’un qui n’y est pas initié. Une relation spirituelle existe entre les cathares et un certain nombre de troubadours. Dans les chansons de ces troubadours l’héritage de la gnose des cathares était perceptible.  Elles étaient le vecteur de cette connaissance. A la fin de sa vie, Gaston Phébus avait probablement été initié à quelques mystères cathares (comme Esclarmonde de Foix).


 
Les cathares, qui ont vécu entre autre en Ariège, étaient des chrétiens qui suivaient et vivaient de l’intérieur le sentier du Christ dans toute sa simplicité. La population les avaient nommé bonshommes. Montségur avec son château impressionnant et majestueux, véritable nid d’aigle à1207m d’altitude, était leur mons securus, leur ‘montagne de sécurité’, protégée par des chevaliers. Le château de Montségur fût leur dernier refuge. Mais le 16 mars 1244, ils furent  trahis. Les chefs cathares se rendirent et plus de 200 cathares furent brûlés vifs dans le ‘Prat des Crémats’. Une histoire de la souffrance. Une histoire tragique, spécialement parce que les cathares étaient non violents, ils respectaient l’égalité homme femme, ils étaient végétariens et croyaient comme les premiers chrétiens en la réincarnation, croyance interdite plus tard par l’église catholique. Beaucoup de livres ont été publiés sur cette histoire, tragique et émouvante, qui se déroule au cœur de l’Ariège.


 
Nous ne sommes pas seul dans l’univers infini. Notre planète n’est pas le centre de cet univers aux milliards d’étoiles, aux myriades de systèmes solaires (à peu près 100 milliards), aux galaxies et trous noirs (probablement les voies d’accès à d’autres dimensions, à d’autres univers). Nous vivons dans un univers mystérieux. L’univers est plus grand que notre ‘droit de passage’, nos frontières artificielles, nos villages et villes, nos pays, nos continents. L’univers est plus ancien que notre histoire mondiale, que notre vie. Néanmoins, dans chaque étoile on voit l’image de tout l’univers. Dans chaque arbre il y a toute la forêt. Dans chaque goutte d’eau convergent tous les océans. Dans chaque tige de blé se trouve tous les champs de blé. Dans chaque grain de sable sont toutes les plages du monde. Dans chaque homme il y a toute l’humanité. Tout est lié à tous. La vie est très précieuse.
 
‘Je ne suis ni français, ni hollandais, ni allemand, je suis un être humain’, disait le philosophe Pierre Bayle, domicilié au jolie village Le Carla Bayle. Dans le battement de mon cœur j’entends le battement du cœur de tous les êtres humains. J’entends leur lamentation, leur joie, leurs angoisses, leur désir de bonheur, leur cri pour la paix.


 
© Marcel Messing 
* Parce que on disait ‘oc’ au lieu de ‘oui’ (comme les Français du Nord), la langue d’Occitanie s’appelle la langue d’oc.